Un article de Florence Duchamp 

Animatrice radio, conférencière et romancière.

Introduction L’optimisme : un liant social français ?

La France ressemble parfois à une mosaïque dont le ciment se fissure : territoires qui ne se parlent plus, classes sociales qui se croisent sans se reconnaître, générations qui n’ont plus les mêmes promesses, cultures politiques qui ne partagent plus le même vocabulaire. Cette fracturation n’est pas née d’hier. Elle prolonge l’après-Trente Glorieuses, la désindustrialisation et la métamorphose du travail (précarité, mobilité forcée, déclassement), mais aussi la montée d’un sentiment d’abandon dans certains espaces éloignés des centres de décision. À cela s’ajoutent des causes sociologiques : l’effritement des “corps intermédiaires” (partis, syndicats, associations), la défiance envers l’État et les institutions, la compétition des identités quand le récit commun se fait trop faible, et l’économie de l’attention qui préfère l’indignation à la nuance. Quand la société ne se raconte plus ensemble, elle se soupçonne ; quand elle ne se projette plus, elle s’agrippe au présent.

Et le présent, lui, est souvent brutal.

Chapitre 1 — Politique L’optimisme : un liant social français ?

Dans ce contexte, l’optimisme n’est pas une injonction à “voir le bon côté”, encore moins un vernis de communication. C’est une méthode de reconquête : lucidité + cap + preuves.

  1. Lucidité, parce qu’on ne recolle pas un pays en niant la colère, la pauvreté, la solitude, l’épuisement des services publics.

  2. Cap, parce que le lien social a besoin d’un horizon partagé : une promesse simple, compréhensible, mesurable, pas un slogan, une direction.

  3. Preuves, parce que la confiance revient quand les paroles se traduisent en actes et en continuité (tenir, expliquer, corriger).

Un discours politique optimiste, au sens fort, remettrait au centre ce qui relie :

  • la dignité du quotidien,
  • la fierté des métiers, (je vous propose à ce sujet d’écouter le podcast consacré au Dr Chauvet sur ESPACE FM  et de relire 👉🏻 cet article sur l’histoire de nos mains.)
  • la justice territoriale,
  • la protection face aux accidents de la vie,
  • la capacité d’agir ensemble.

Il parlerait moins contre des adversaires que pour des objectifs communs ; moins depuis le sommet, plus depuis les expériences locales qui fonctionnent ; moins dans la peur qui mobilise à court terme, plus dans la projection qui réunit sur le long terme. L’optimisme devient alors un langage civique : une manière de dire “nous” sans écraser le “je”.

Chapitre 2 — Médias  L’optimisme : un liant social français ?

Si la politique donne le cap, les médias façonnent l’atmosphère — et donc la possibilité même d’un “nous”. Or l’écosystème médiatique français, sous pression économique et concurrentielle, est souvent attiré par la conflictualité permanente : débats-boxe, simplifications, boucle de polémiques, urgence qui remplace l’enquête. Introduire l’optimisme dans les médias ne signifie pas enjoliver : cela signifie rééquilibrer. Donner autant de place aux solutions qu’aux symptômes, autant de temps à la complexité qu’aux petites phrases, autant de visibilité aux coopérations qu’aux fractures.

C’est la logique du journalisme constructif :

  1. contextualiser,
  2. vérifier,
  3. montrer ce qui marche,
  4. expliquer pourquoi cela marche,
  5. et comment le généraliser, sans naïveté, sans propagande.

Un espace médiatique qui raconte aussi les ponts (écoles qui innovent, quartiers qui s’organisent, hôpitaux qui réparent autrement, associations qui retissent) aide chacun à retrouver une sensation cruciale : nous ne sommes pas condamnés à la division. Et quand les citoyens sentent qu’une issue existe, ils redeviennent capables de confiance, de dialogue et d’engagement.

L’optimisme, ici, n’est pas un décor : c’est une hygiène démocratique.

Très optimistement,

Florence Duchamp